Les fascisas c’est quoi ?

Les Fascias

Les ostéopathes manipulent les fascias et il existe également des fasciathérapeutes. Les fascias… c’est quoi exactement ? À quoi servent-ils et pourquoi manipuler les fascias peut m’aider ?

Les réponses de Christian Courraud, fasciathérapeute, psychopédagogue, chercheur au CERAP (Centre d’Etude et de Recherche Appliquée en Psychopédagogie Perceptive) et formateur à TMG Concepts.

Le fascia a longtemps été considéré comme un simple tissu de remplissage du corps humain. Il enveloppait les organes et il fallait l’enlever pour observer plus distinctement les éléments anatomiques. Les cours d’anatomie et de physiologie ne lui accordaient pas beaucoup d’importance. Mais des cliniciens ont choisi de leur donner une place essentielle dans leur traitement. Ce sont les ostéopathes, les fasciathérapeutes ou encore les rolfers. Dans leur sillage, des chercheurs de disciplines différentes – anatomie, physiologie, biophysque, etc. – se sont également penchés sur ce tissu. Ils nous permettent aujourd’hui de mieux comprendre les rôles et fonctions des fascias.

Le fascia : un organe qui relie le corps humain

La définition du fascia, tissu sans contours vraiment définis, a longtemps été floue. La traduction latine désigne le fascia comme un tissu qui relie les éléments anatomiques entre eux « bandage, liaison ». Cette définition est confirmée par les premières observations des fascias (Bichat en1800, Salmon en 1936). Puis les anatomistes ont divisé le fascia en deux couches distinctes : le fascia superficiel et le fascia pro- fond. D’autres ont distingué le fascia du système musculo-aponévrotique de celui du système viscéral (Paoletti, 2006).

Mais un groupe de recherche, le Fascia Research group, s’est mis à la recherche d’une définition uni- verselle. Pour eux, le fascia est « un tissu conjonctif omniprésent dans le corps humain. Il forme une matrice qui sert de support à tout l’organisme. Les fascias interpénètrent et entourent tous les organes, les muscles, les os et les fibres nerveuses « . (source : International Fascia Research Congress – http:// fasciacongress.org/about.htm)

La première fonction des fascias est donc d’assurer la continuité tissulaire au sein de l’organisme. Il est considéré comme un organe à part entière qui relie toutes les parties du corps.

L’importance de la continuité tissulaire

Jean-Claude Guimberteau est un chirurgien curieux qui s’est demandé comment était organisé ce tissu qu’il traversait lors de ses opérations. Avec un endoscope, il a filmé ce qu’il voyait sous la peau. Et il a pu découvrir un réseau continu de micro-fibrilles reliant la surface de la peau aux zones les plus profondes du corps. Pourquoi est-ce que la continuité tissulaire du corps est importante et quel est l’intérêt d’une architecture fibrillaire ? « Cette architecture fibrillaire est conçue pour permettre une mobilité interne maximale de tous les organes dans toutes les directions et pour s’adapter, en se déformant, à toutes les contraintes imposées au corps humain. La continuité tissulaire est quant à elle garante de l’unité fonc- tionnelle grâce au maintien de la forme corporelle et de son intégrité. » (Traduction de la présentation Fascia Sliding de J.C. Guimberteau, FRC 2015)

Le fascia est plus sensible à la douleur que le muscle ou la peau. C’est la seule structure à solliciter la part émotionnelle de la douleur

Musclé et sensible

Depuis une dizaine d’années, un nombre croissant d’études montrent que le fascia a également des propriétés contractiles [Hinz 2001]. Il peut ainsi être à l’origine de douleurs ou de modifications de l’équilibre tensionnel du corps. Si ce phénomène n’intervient pas directement dans la fibromyalgie, il peut cependant être à l’origine de douleurs secondaires. Robert Schleip envisage ainsi qu’il puisse y avoir de véritable contractures fasciales [Schleip 2005].

De plus, il est maintenant démontré que le fascia possède des capacités sensitives riches. On retrouve dans le fascia à la fois des terminaisons libres et des capteurs sensoriels (Golgi, Paccini et Ruffini). Il semblerait même que la majeure partie de la proprioception et de l’intéroception soient assurées par les récepteurs intra-fasciaux, faisant du fascia « l’organe le plus sensoriel » [Schleip, 2015]. Schilder (2015) a montré que le fascia était plus sensible à la douleur que le muscle ou la peau et qu’il était la seule structure à solliciter la part émotionnelle de la douleur. Une autre étude a permis de mettre en évidence qu’une stimulation des nocicepteurs du fascia pouvait déclencher une activité nociceptive dans les territoires adjacents, y compris dans des métamères différents [Tesarz, 2011sensory].

« Manipuler » les fascias, ça peut m’aider ?

Les techniques fasciales font partie de l’approche diagnostique et thérapeutique des ostéopathes. D’autres techniques ciblent également les fascias : myofascial release, Fascial fitness, Rolfing ou intégration posturale, manipulation fasciale, massage transversal profond ou Méthode Cyriax, fasciathérapie). Le point commun de ces thérapies des « tissus mous » n’est pas d’agir directement sur les segments articulaires, mais sur le rétablissement des fonctions des fascias (élasticité, glissement, plasticité, contractilité) et pour solliciter des processus d’autorégulation physique et psychique. Plusieurs approches sont possibles :

– Plutôt mécaniques (manipulation fasciale, méthode Cyriax)

– Axé sur le relâchement myofascial (myofascial release)

– Plutôt psychocorporelle par libération des tensions physiques, émotionnelles et psychiques (Rolfing, Intégration posturale) ou par la régulation du psychotonus (fasciathérapie MDB).

Elles présentent toutes un intérêt dans le traitement et la réhabilitation des dysfonctions du mouvement et dans le soin des pathologies musculo-squelettiques aigües ou chroniques. La connaissance du tissu conjonctif et de ses différentes fonctions ouvre ainsi des perspectives innovantes dans le traitement fonctionnel des douleurs, dans la rééducation proprioceptive ou le traitement du stress tissulaire et de l’inflammation.